8.1

La "merde d'artiste" de Manzoni, que j'ai vue lors d'une expo très intéressante à Angers (encore !) qui s'intitulait "Est-ce bien de l'art ?"La "merde d'artiste" de Manzoni, que j'ai vue lors d'une expo très intéressante à Angers (encore !) qui s'intitulait "Est-ce bien de l'art ?"

Il me semble que dans les années 60 et 70, il m'aurait été plus facile de peindre.

 

Alors, les artistes croyaient tous que leur art pouvait être utile - même à détruire l'art.

 

Ils appartenaient à des groupes qui discutaient très sérieusement du marxisme et des performances, ou des mathématiques et des couleurs, ou de l'humour et du collage. Ou, seuls, ils écrivaient ou peignaient des manifestes qui révolutionnaient - ou tentaient de révolutionner - l'histoire de l'art.

 

Ils étaient amis avec des critiques. Ils étaient invités à New York. Ils disaient des choses comme "Même le crachat d'un artiste est de l'art". Ils mettaient leur caca dans une boîte, et l'exposaient dans un musée.

8.2

Aujourd'hui ils semblent devenus, les artistes, des autobiographes. Ils ne cherchent plus, mais alors plus du tout, à changer le monde et d'abord ils n'y croient plus du tout, à un changement du monde. Aujourd'hui c'est la notion de progrès qu'ils mettraient dans une boîte.

Ils s'amusent, ils dépriment ; les agitateurs paraissent démodés, ou réservés pour les émissions de la télévision : j'ai l'impression que tout a déjà été agité.

 

Je ne pense pas que cela soit forcément un mal. Je me demande même quelle cause ils pourraient défendre aujourd'hui.

 

8.3

Ou alors bien sûr je peux totalement me tromper. Il existe peut-être des groupes de pensée très influents dans le monde de l'art, des artistes qui croient encore dans la révolution, mais alors je ne les connais pas.

Et sans doute que, dans les années 70, je ne les aurais pas connus, les agitateurs de l'époque. La barrière entre ceux qui s'intéressent et les autres, j'imagine, était aussi dure à franchir qu'aujourd'hui.

8.4

 

En tout cas dans ces circonstances, il est évident que mon tableau ne dira pas autre chose que ça : j'ai peint. J'ai décidé de peindre.

 

Tout seul, dans mon coin (j'y reviendrai), j'ai pris un pinceau et voilà le résultat.