5.0

J'avais donc été touché par Hans Hartung.

 

Mais, sans comprendre. Je me suis longtemps dit que, si l'exposition d'Angers m'avait parlé à ce point, c'était dû à la quantité, et peut-être pas à la qualité - puisque je refuse de me donner le droit de juger de ces choses-là.

A savoir : 200 toiles, c'est quelque chose. Une vraie promenade.

Un tableau, isolé parmi d'autres dans un musée, n'aurait pas sans doute eu le même impact. Mais 200. Le nombre donne l'impression que les tableaux se répondent, qu'ils obéissent à un parcours.

 

Et après ? Le sentiment si fort que j'ai connu alors a rendu essentielles les questions que je m'étais toujours posées sur la peinture. Qu'est-ce que c'est que ce machin ?

Et surtout, qu'est-ce qu'on y voit ?

 

J'ai fait ce que j'ai toujours fait dans ces cas-là : j'ai acheté des livres.

5.1

Par où commencer ?

 

Dans les rayons "beaux arts" des librairies, le choix est vaste.

Je me refusais d'acheter le livre d'un peintre, trop subjectif, pensé-je.

 

Et puis, sur un présentoir, un jour à Nantes, je suis tombé sur un petit livre : Descriptions (on n'y voit rien), signé du grand historien d'art Daniel Arasse, aujourd'hui mort. Le titre m'a plu, j'ai lu.

J'ai enchainé sur Histoire(s) de peinture, du même.

 

Je suis incapable de porter un jugement sur la valeur scientifique de tels ouvrages. Mais ils m'ont donné accès à un langage, une méthode de regard, à des notions qui m'échappaient totalement auparavant.

 

Et puis, bien sûr, il y a eu le Denys Riout.

Celui-là, je l'ai acheté parce qu'en quatrième de couverture, il était écrit ça :

"Chacun demeure libre de porter un jugement [sur l'art moderne], mais dispose désormais, avec cet ouvrage, des éléments nécessaires pour le faire".

Vaste programme. Qu'est-ce que l'art moderne ? est dense et intelligent. Ce livre passionnant a énormément défriché mon inculture.

 

Loin de moi l'envie d'en réaliser ici une fiche de lecture, mais je crois pouvoir dire que c'est Denys Riout, en m'ouvrant sur un monde d'idées fascinantes, qui m'a convaincu de prendre le pinceau, pour tenter de le comprendre de l'intérieur. Et de commencer par réflechir un peu.

Car j'ai notamment compris avec ce livre que la peinture contemporaine n'existait pas sans une certaine dose de revendication théorique. Et qu'on ne pouvait la comprendre sans une certaine dose de cette même théorie.

 

De là à répondre à toutes mes questions, il y a un grand pas que je ne peux tout de même pas dire avoir franchi. Au contraire, ce livre m'en a posé d'autres, comme celle-là : est-ce possible, en 2008, de peindre un tableau ?

Ce qui revient à demander : la peinture a-t-elle encore quelque chose à nous dire ?

5.2

Un Rothko. Celui qui illustre le livre est plus rose.Un Rothko. Celui qui illustre le livre est plus rose.

Bien sûr, je ne me suis pas arrêté là. Outre un distrayant Art Now, chez Taschen, j'ai acquis chez le même un instructif et très bien illustré Art du XXème siècle, en deux tomes.

La couverture de ce dernier bouquin m'a par ailleurs fait découvrir Mark Rothko, que je considère comme un peintre très efficace.

 

On vient de me prêter également L'art moderne et L'art contemporain, deux petits guides édités chez Larousse, qui présentent tout ça d'une manière plus historique, et qui semblent très bien faits.

 

Je ne compte pas me reposer sur ces maigres acquis. Tout au long de cette année qui accompagnera le processus de création de mon unique tableau, je lirai tout ce que je trouverai et qui pourra m'intéresser sur l'art contemporain et la peinture.

 

Je vous en ferai part ici-même. Si je le juge nécessaire. Et pour ce soir, c'est assez : je vais me coucher.