41.0

J'aime beaucoup Alcarr Iceol.

 

Ce type est une photographe rennaise, et son blog est un terrible espace de poésie.

 

J'adore ses photos floues, ses références, ses textes, la musique qu'elle met à chaque page.

 

Or voilà : Alcarr Iceol m'a écrit.

 

41.1

Good morning, Sir,

vous prîtes certes un pinceau, et vous recouvrîtes la jute.

Vous vous inscrivîtes dans l'histoire de l'art en variant les conditions du geste.

Cependant, Sir, en quoi votre toile est-elle une image, (et non pas votre démarche), est-elle une image du monde?

Je serais fort intéressé de connaître votre point de vue là-dessus,

et attends très courtoisement votre réponse !

;-)

Alcarr

41.2

Bien cher Alcarr.

 

Bigre ! Votre question a du chien. C'est même la question la plus intéressante à laquelle j'ai été soumis depuis le début du projet.

Car voici : elle me paraît incontournable, tant elle interroge le rôle même de l'art, la fonction même de toile. Et ceci encore : je ne me l'étais jamais posée. Et je n'y ai donc pas d'emblée de réponse.

 

Cependant allons-y.

 

Alcarr, ma toile est le champ de mes expérimentations.

Elle est absolument fichue pour le monde. Elle ne questionne pas la société, ne représente rien du tout, même pas mes sentiments. Elle n'est pas exemplaire, n'a aucune ambition de beauté ou de laideur, ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit. 

En ceci, je le sens bien, je ne suis pas un artiste.

Elle est seulement le reflet de ma démarche intellectuelle auto-centrée.

 

Encore une fois je sens que je manque là quelque chose d'essentiel, et qui ne m'avait jamais effleuré : l'art, c'est une image du monde. Mais alors le mien, pas du tout. On touche aux limites de mon projet.

 

Il y a bien les tenants de l'art mathématique : op art, oupeinpo et même l'art géométrique des Mondrian et autres. C'est un argument que tout de suite je voulais vous sortir, cher Alcarr, pour vous terrasser. Hélas, il ne terrasse pas du tout. Car les mathématiques sont une image du monde, et ces gens là voulaient montrer quelque chose, jouer avec l'oeil de leurs spectateurs ou rompre avec une certaine idée de la représentation.

 

La toile que j'ai créée tourne à vide : nourrie de mes réflexions théoriques, elle renvoie vers... mes réflexions théoriques.

 

Je pourrais néanmoins vous rétorquer que la jute, comme vous l'appelâtes, porte aujourd'hui les traces de mes multiples tentatives, elle est l'image de mon laboratoire artistique mental. Et j'estime comme chacun faire partie du monde. Ainsi ma toile serait-elle une image du monde à travers ma pensée.

 

Cette solution facile ne me satisfait guère.

 

En réalité je veux vous répondre ceci : oubliez ma toile. Elle n'est que le prolongement nécessaire - ou représentation - de la démarche entamée ici, sur ce blog.

 

Quelle est-elle, cette démarche ?

J'interroge l'art d'aujourd'hui. Comme un collégien qui aurait reçu pour Noël un microscope, et qui s'amuserait à scruter tout ce qui lui tombe sous la main, je joue à regarder de près ce que c'est que l'art. A me placer dans une posture d'artiste.

 

Je crois - j'allais dire je sais - que cette démarche, que cette posture, sont de l'art. Par ce bout-là je suis un artiste.

 

Ce que j'ai appris et compris, j'ai encore quelques mois pour le raconter ici comme je le fais depuis le début, pour le faire figurer sur la version finale de ma toile. Et je suis persuadé, cher Alcarr, que vous continuerez à être parmi les assidus de mes lecteurs.

 

Recevez les sentiments amicaux de

 

Votre dévoué,

 

GL