2.0

Je crois que l'idée, d'abord très vague, de peindre un tableau m'est venue en 2006, après la visite avec mon ami Alan d'une grande exposition consacrée à Hans Hartung, à Angers.

 

Je suis un habitué des musées, un peu moins de l'art moderne et contemporain, mais jamais je n'étais sorti d'une exposition avec autant de questions.

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Et surtout, celle-ci : pourquoi tout ça m'avait tant plu ?

Je ne connaissais pas du tout Hans Hartung avant d'aller à Angers.

 

Démuni de ce que l'on appelle "l'appareil théorique" (je pensais alors par exemple qu'il n'y avait qu'un art dit abstrait, qu'"abstrait" suffisait à caractériser autant Mondrian que Pollock), au milieu de ces quelques 200 toiles d'Hartung, qui ne représentent rien, dont les titres ne sont jamais évocateurs, j'ai été absolument séduit.

Cette promenade à Angers reste un souvenir très fort, comme une expérience.

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Depuis mon adolescence, à Coutances, puis à Saint-Lô, Caen, Lille, Paris, Rouen et Nantes, je suis passé devant des kilomètres de toiles.

 

Souvent, j'étais ravi. Mais plus j'ai grandi, plus je me suis demandé pourquoi.

Ignare total en matière d'histoire de l'art, les peintures me plaisaient cependant.

 

Je les ai toujours considérées comme abstraites. C'est à dire que je n'y ai jamais vu une description de la nature, jamais je n'y cherchais une ressemblance avec ce que je voyais dans le monde. Je crois pouvoir dire que ce que j'aimais, c'était qu'un peintre essayait de me parler.

 

Devant les toiles, je me disais : "Qu'est-ce que Picasso, Van Gogh, Courbet, etc. cherche ici à me dire ?"

Je ne trouvais jamais, j'entrevoyais souvent ; mais de savoir que ces artistes tentaient de me toucher... suffisait à me toucher.

2.2

Et puis il y avait l'art moderne. C'était plus compliqué.

Je ne comprenais pas du tout ce que les artistes avaient à dire.

Toujours le pourquoi. Une barre noire qui traverse un monochrome blanc, des carrés jaunes, des taches, des installations, des sculptures infantiles.

 

Pourtant, quand j'étais étudiant à l'université de Caen, en lettres modernes, nous adorions avec ma meilleure amie Joël Hubaut. Nous l'avions découvert lors d'une exposition à Saint-Lô, consacrée à son travail sur les lapins.

 

Nous avions été libérés par cette découverte : ce mec-là rigolait, et rigolait avec nous. Nous avions le même humour.

Nous nous sommes beaucoup marrés grâce à lui.

Par la suite, entre nous, "Joël Hubaut" était devenu synonyme d'artiste. Nous avions inventé des "cahiers Joël-Hubaut", où nous écrivions, collions, dessinions ce qui nous passait par la tête à ce moment-là, et, en l'occurence, le fait que nous soyions elle et moi amoureux du même garçon.

2.3

Cette fille et moi nous sommes peu à peu éloignés. Elle s'est inscrite à l'école des Beaux-Arts de Caen, où Joël Hubaut était d'ailleurs professeur, et je suis resté en lettres.

Je me suis mis à écrire de la poésie*.

 

* J'ai plusieurs projets de publication cette année, un texte à moi, illustré par Ewen, fera l'objet d'une édition dans Le Mercure liquide, et quelques textes font partie de la nouvelle livraison du Titan, la revue de la Maison de la poésie de Nantes. Tout ça en attendant la sortie d'un recueil, que j'espère pour 2008.