25.0
La pintade vulturine en majesté.Les artistes, ils me font rire.
J'ai longuement parlé ici des artistes contemporains que je chérissais. Mais ils n'ont de contemporain que le nom : la plupart sont morts ou tirent leur gloire d'une oeuvre qui date déjà de plusieurs dizaines d'années. Donc voilà : je n'ai pas encore, sur ce blog, parlé de ceux qui font l'art de 2008.
Oubli que je me propose de réparer dans ce chapitre vingt-cinq mon dieu déjà comme le temps passe vite.
Nous sommes le samedi 22 mars 2008. Depuis maintenant quatre jours, un oiseau répondant au doux nom de pintade vulturine, appelée ainsi à cause de sa ressemblance avec un vautour, vit dans la grande pièce de La Criée, le centre d'art contemporain de Rennes.
L'artiste Laurent Duthion l'a lâchée dans cet espace parce que, nous explique le petit fascicule que les "dames de la Criée" nous ont remis, tout sourire, à l'entrée, le mot pour dire pintade, en italien ou en espagnol, je ne sais plus, est le même que celui pour dire peinture.
25.1

Le même artiste, lors de la même exposition, a fait fabriquer un aquarium géant, dans lequel il s'installe, assis et en costume d'homme-grenouille, et mange des légumes sous l'eau, pour prouver que l'homme descend d'êtres marins en quelque sorte aborigènes.
En janvier et en février de cette année, c'est Cristelle Familiari qui avait investi la même Criée. Elle avait deversé pas moins de trois tonnes d'argile blanche sur le sol et l'exposition - en temps réel, ce que le monde de l'art appelle un "work in progress" - consistait à découvrir l'impact sur cet argile des centaines de pieds des visiteurs.
25.2
Ces deux expositions, je les ai trouvées ridicules.
Je crois que cela s'explique par le fait que je sentais qu'elles contenaient toutes les deux un message. Et que ce message n'a pas réussi à me parvenir. J'ai déjà dit à quel point je ne croyais plus aux oeuvres à message.
Cependant je pense également que ce qui donnait leur ridicule à ces deux "propositions", c'est qu'elles étaient visible précisément à la Criée, centre municipal d'art contemporain, ce qui leur donnait indéniablement un certain caractère d'art officiel.
Je crois, sincèrement, que ces deux expositions, vues dans un squat ou détaillées dans un fanzine, auraient de ma part été reçues avec davantage de bienveillance.
C'est tout le souci de l'art contemporain, et que j'ai déjà évoqué : comment peut-on à la fois être rebelle et subventionné ?
25.3
Rebelles ou pas, ces deux dernières expositions que j'ai été visiter m'ont en outre paru trop sérieuses. Ou du moins j'ai senti - peut-être à tort - que les deux artistes s'y prenaient au sérieux ; c'est un reproche de plus.
Bien sûr, je ne veux pas généraliser. Beaucoup d'oeuvres d'artistes vivant aujourd'hui me passionnent (je pense notamment à la dernière expo Morellet au musée des Beaux-arts de Nantes, aux installations vues lors de Tryptique 2007, à Angers, et dont je parlerais ici si j'en ai le temps, mais aussi de quantité de productions souterraines, performances, street art et autres).
Par ailleurs je ne peux d'autant pas me permettre de juger que je n'ai, sur ces oeuvres susnommées, par définition aucun recul.
On verra bien ce que la prochaine génération retiendra des pintades.

