24.0

Je me suis bien amusé.

 

Comme je me l'étais promis, j'ai peint ce petit mélange de couleur rien que pour l'expérience. Je n'étais pas en colère, pas stressé, pas particulièrement excité, ni trop joyeux, ni triste. Je n'avais même pas conscience de peindre.

 

Il faisait beau, c'était dimanche après-midi, j'avais du temps : je m'y suis mis.

24.1

J'ai d'abord senti le contact froid de la peinture sur mes mains. Comme de la crème Nivéa, en un peu plus visqueux.

 

Evidemment, je ne voyais aucune couleur, je m'ingéniais, juste, d'étaler, et de répartir équitablement la peinture sur tout le châssis.

 

Aucune couleur, ce n'est pas exactement vrai : je vous assure que quand j'ai déposé la grosse trace au centre de la toile, je savais, par je ne sais quelle intuition, qu'il s'agissait de peinture jaune. J'ai été très étonné, en ouvrant les yeux, de voir que c'était effectivement le cas.

 

J'ai également été surpris par les autres couleurs. J'avais oublié qu'on pouvait fabriquer du marron, du violet, du vert, du bleu ciel en mélangeant tous ces machins-là.

24.2

J'ai en outre été très étonné par une certaine figuration qui se dégageait parmi l'abstraction de mon tableau.

Je m'explique : dans ma toile il y a un bas et un haut. Et le bas est rouge-enfer, avec des flamèches tout ce qu'il y a de plus réalistes. Et le haut est bleu-ciel, presque anticyclonique.

 

Je trouve très surprenant que le hasard ait dirigé ainsi mes mains - à moins qu'il ne s'agisse de cette fameuse grâce de l'artiste, à qui il est donné de donner à voir ce qui même lui échappe et qui a fait les beaux jours, par exemple, de l'écriture automatique.

 

A ce propos je mesure en ce moment à quel point le surréalisme a été fondateur de l'art contemporain, et combien nous sommes, en 2008, finalement toujours un peu dedans. Je parle de la peinture. Dans la littérature, l'introspection psychique ne fait plus vibrer personne.